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  Histoire et Cultures de l'Europe de l'Est @ aleph99

 

Les sections du texte:

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III:

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Programmes de sémiotisation et socio-biographie. Des 'programmes de sémiotisation' ne restent ici qu'une idée farfelue, satisfaisant à peine l'observation: les inventions et les découvertes ne gagnent leurs significations que dans un contexte social, idéologique. La découverte géographique ou géologique, celle d'une plante ou d'un animal, d'une étoile ou d'un élément, la théorie de Darwin, celle de Freud ou d'Einstein, les couleurs synthétiques, le dynamo, la voiture et l'avion etc. ne peuvent gagner leurs significations, leur 'statut', sans l'intermédiaire de tels programmes. Finalement et dans l'abstrait, des faits paraissent miraculeusement liés à la modernisation, la sécularisation, l'industrialisation. C'est ainsi qu'ils passent dans les mentalités, s'installent dans la vie, orientent les individus vers des réseaux, font partie de la socialisation. La construction hétérogène, dialectique et contradictoire, exclusive et intégrante, intelligemment conçue et irrationnelle[1] de la vie sociale en fait usage. C'est à dire, qu'elle semble le faire, au niveau de la description. Des programmes de sémiotisation ne restent qu'une idée auxilaire dans l'intention de structurer l'instructurable.

La 'socio-biographie', concept à peine plus explicité ici que celui des progammes de sémiotisation, servira à faire valoir le rôle des personnages aux niveau de la description. Le progrès, les sciences, la nation furent inséparables d'un culte du 'génie', expression d'un modèle d'individuation qui a trait à l'individu autonome, mais accaparé par la volonté de gérer une société de masse, une source de main d'oeuvre, ou la seule multiplicité d'acheteurs[2]. Les chercheurs et les ingénieurs, agents de la technologie innovatrice, qui firent partie du système industriel dès le début n'ont tout de même pas partagé au même degré le sort des travailleurs de l´industrie, des employés modernes, leur anonymat. Quelques uns notamment, et quelques unes - beaucoup moins nombreuses, érigés en héros de la culture, ont toujours pu nourrir l'idéologie, selon laquelle leurs occupations, leurs pensées et leurs activités, donc également celles de leurs collègues étaient porteurs d'une valeur universelle, au profit de tout le monde, bien plus que ne l'étaient les activités et les pensées des autres. Ils incarnaient le progrès, celui des choses et des instruments. Sur un plan idéologique et communicatif, la technologie et les sciences pouvaient parfaitement voiler une réalité des vies humaines complexe, voire perturbée. 'Évolutionnistes' et 'révolutionnaires' ont adulé les connaissances scientifiques et la création d'objets techniques; ils en attendaient des changements sociaux miraculeux, malgré la contrepartie d'armes terrifiantes, d'inégalités qu'elles provoquaient. Perverti, le génie caractérise les héros d'un panthéon, construction culturelle blocante - seuls les supermen peuvent changer les choses. Pour autant que les références culturelles autoritaires persistent, 'la culture' a échoué[3].

Les deux concepts, les programmes de sémiotisation et la socio-biographie, sont evidemment entrelacés. Ils jouent leur rôle dans la mesure, où une façon d'appréhender et d'écrire l'histoire influence les sémiotisations religieuses, politico-philosophiques, corporatistes et professionnelles, régionalistes, patriotiques et nationales (éventuellement synonymes[4]) et met en question la pérénité de leur force, de leurs actions[5].


[1]Parmis les innombrables références à donner à ce sujet n'en voici qu'une: Mario Erdheim, Die gesellschaftliche Produktion von Unbewußtheit. Eine Einführung in den ethnopsychanalytischen Prozeß, Francfort (Suhrkamp) 1982

[2]Dans ce contexte: l'émergence du "moi" serait-elle liée au droit à la propriété? La société russe traditionnelle, le monde du mir semblent contredire cette hypothèse (voir N.A. Minenko, Zhivaia starina: Budni i prazdniki sibirskoi derevni, Novosibirsk: Nauka, 1989, cité d'après Ben Eklof, Worlds in Conflict, Slav.Rev. 1989, p.792)

[3]Cette ambivalence et cet échec ont été thématisés dans le cadre du freudo-marxisme. Voir notamment Igor A. Caruso, "Psychanalyse et société: de la critique de l'idéologie à l'autocritique", dans: Freudo-Marxisme et sociologie de l'aliénation. Colloque de 'L'homme et la société', Présentation Boris Fraenkel, Paris (Anthropos) 1974

[4] 'La nation', par exemple chez Thomas Henry Buckle (History of Civilization in England, paru en 1857-61) se pense à l'opposé d'un patriotisme paternaliste. N'empêche qu'en Allemagne, voire en Russie, le paternalisme et l'autoritarisme se sont installés au nom de la nation (comparer aussi: Bryan Turner, The body and Society. Explorations in Social Theory, Oxford 1984).

[5]Dont celles des déformations collectives, comme à la suite d'un service militaire, toujours patriotique. En Russie, le service militaire, avec la conscription générale décrétée en 1874, a contribué à l'alphabétisation du pays (voir Jeffrey Brooks, When Russia learned to read, Princeton, 1985, p.18-22). Difficile d'imaginer que l'encadrement patriotique ne l'emportait pas sur l'autonomie des alphabétisés.

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