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  Histoire et Cultures de l'Europe de l'Est @ aleph99

 

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Catalyseurs de la modernisation. Dans les années 90, 'la chimie' est l'affaire d'une organisation professionnelle, dotée d'un passé d'un quart de siècle: le 28 décembre 1867 à Petersbourg, les "Naturalistes russes", association modelée sur les "Réunions des Naturalistes et Médecins" allemandes (depuis 1826), avaient tenu leur première réunion. La section des chimistes y décida la fondation d'une société chimique (Khimicheskoe obshchestvo), qui fut créée en 1868. "Pour rassembler les forces existantes des Chimistes russes", la société aura "des membres dans toutes les villes de la Russie et sa publication contiendra les travaux de tous les chimistes russes imprimés en langue russe"[1].

Une photographie montre les 19 membres de cette réunion mémorable.[2] Des hommes de 30-50 ans, seulement des hommes, des moustachus et des barbus, Alexandr Porfir'evich Borodin (plus connu comme compositeur[3]), F.F. Beil'stein, A.N. Engel'gardt, V.O. Kovalevskii, D.I. Mendeleev, V.Iu. Richter pour en nommer quelques uns; ou N.P. Netchaev et A.P. Shuliachenko en uniforme. Le "Journal de la Société chimique russe" paraît dès 1869; le premier volume contient le travail de Mendeleev sur le système périodique des éléments. N.A. Menshutkin, professeur à Petersbourg, en devient le rédacteur en chef pour de longues années (jusqu'en 1899).

En 1893 une "chimie patriotique" fêta son vingt-cinquième anniversaire. Un des fondateurs de la société, L.N. Shishkov, prononça l'éloge: "Avec une satisfaction patriotique nous regardons maintenant les travaux de nos confrères européens les plus proches."[4] Nikolai Nikolaievich Sokolov (1826-1877) et Alexandr Nikolaievich Engel'gardt (1832-1893), chercheurs et modernisateurs de l'enseignement à l'institut de pédologie de Petersbourg, ainsi que leur maître, Nikolai Nikolaievich Zinin (1812-1888), chimiste de l'académie médico-chirurgicale de la capitale,[5] pouvaient être fiers de leur réussite. Le nom du premier fut érigé en un Prix Sokolov: Menshutkin en fut le premier lauréat en 1880.

Quand les fondateurs de la Société parlaient des autres villes de la Russie, ils pensaient d'abord aux collègues de Kazan (A.M.Butlerov 1828-1886), de Tartu (Derpt, où Karl Karolovich Klaus (1796-1864) avait laissé une école florissante), à ceux de Moscou, de Kharkov (N.N. Beketov 1827-1911), de Kiev (université, puis école polytechnique (depuis 1898)), d'Odessa (où la chimie de la nouvelle université de 1865 démarra avec N.N. Sokolov), de Varsovie (université, ouverte en 1869, institut polytechnique à partir de 1898) et de Riga (Institut polytechnique depuis 1862, où Wilhelm Ostwald devait enseigner dans les années 80).

L'industrie commencait à surgir un peu partout, surtout dans le sud: au bord du Don "la future force"[6] commencait à se lever à l'aide du fer et du charbon. Des capitaux étrangers participaient: Loubimov, Solvay et Cie - fabrication de soude - s'installe sur le Don en 1892 et il se peut, comme Lenin l'a écrit, que des usines entières furent importées d'Amérique. Déjà en 1864 une première aciérie moderne (Obukhovskii zavod, plus tard zavod "Bolshevik") fonctionnait près de Petersbourg. De 1865 à 1890, les employés d'usines chimiques triplèrent leur effectif, de 8500 à 24 100. Depuis 1866 une société pour le développement de la production industrielle était présidée par P.A. Kochubei, enseignant de chimie à l'Ecole d'Artillerie Mikhailow (Petersbourg). Parmi les membres on rencontre Mendeleev et Butlerov. Plus tard, dans une atmosphère post-révolutionnaire, mais lourde d'une mentalité du siècle passé, les "années du début " furent ainsi caractérisées:

"En quelque 10 à 15 ans, les chimistes russes non seulement ont atteint le niveau de leurs confrères aînés de l'Europe, mais ils se sont mis carrément à la tête du mouvement, ce qui faisait dire, avec beaucoup de conviction, au chimiste anglais Frankland que la chimie en Russie représentait mieux que celle de l'Angleterre, l'héritage de Humphry Davy, de Dalton et de Faraday."[7]

Le culte des héros a survécu à la révolution.


[1]"Protokol tret'evo obshchestvo zasedanija C'ezda russkikh estestvoispytatelei (4 Ianvaria 1868 goda)" SPb, 1868, p.4-5, cité d'après Iu.I. Solov'ev, Istoriia Khimii v Rossii, Moskvo (Nauka) 1985

[2]Voir Iu.I. Solov'ev, op.cit., p.172

[3]Pour une biographie voir M.Il'in (Il'ia Iakovlevich Marshak (1895-1953)) et E. Segal (Elena Aleksandrovna Marshak (1905-1964 dates à vérifier)), Alexandr Profirovich Borodin 1833-1887, Moscou (Molodaiia Gvardiia) 1957. La photographie des 19 s'y trouve également (p.289)

[4]Iu.I. Solov'ev, loc.cit., p.175

[5]Pour une biographie de Zinin voir N.A. Figurovskii, Iu.I. Solov'ev, Nikolai Nicolaievich Zinin: Biograficheskii ocherk, Moscou (AN SSSR) 1957. Voir aussi plusieurs autres contributions de collaborateurs de l'Institut pour l'Histoire de la Science et de la Technique (IIET) à Moscou comme celle de N.S. Kozlov, "Nauchnaiia i obshchestvennaia deiatel'nost' A.N. Engel'gardta", Tr. IIETa 30, p.111-134, 1960. Ces ouvrages attendent toujours une "contextualisation" critique du genre.

[6]Voir Iu.I.Solov'ev, loc.cit, p.162

[7]K.A. Timiriazev, "Razvitie estestvoznaniia v Rossii v epokhu 60-kh godov." Oeuvres vol. 8, p.154, Moscou (Selkhozgiz) 1939. La phrase de Frankland date de 1924?

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