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C) Communication morcelée et filtres de stockage: l'encyclopédisme.
Il s'agissait des projets les plus prestigieux du secteur, les
plus couteux, les plus volumineux; ceux qui dans un monde où
de nouvelles connaissances scientifiques et techniques étaient
produites au jour le jour, voulaient intégrer ces connaissances
au savoir général, accessible au public non spécialisé
sous forme de dictionnaires et d'encyclopédies. Ces entreprises
tendaient à dépasser les capacités russes et
pouvaient intéresser les grandes maisons spécialisées
de l'étranger, en l'occurence celles d'Allemagne. "L'Institut
bibliographique" de Meyer à Hildburghausen, l'édition
Brockhaus à Leipzig, Larousse, l'Encyclopédie Britannique
faisaient finalement école en Russie, où ces mêmes
maisons d'édition étaient présentes.
Un premier "Dictionnaire encyclopédique établi par des
savants et des littéraires russes"[1]
est publié en 6 tomes entre 1861 et 1864" avec la collaboration
d'Engel'gardt et A.N. Beketov. Cela devint le "Russkii entsiklopedicheski
slovar" rédigé par le géographe et spécialiste
de la Sibérie, I.N. Berezin, en 16 volumes entre 1873 et 1878
à l'université de Petersbourg.
L'entreprise capitaliste Brokgaus-Efron démarre en 1891.
La rédaction des premiers volumes de cette grande encyclopédie
par le juriste Ivan Efimovich Andreevski(1831-1891) "représente
un véritable scandale"[2].
Mais Andreevski meurt en 1891 et Fedor Fomich Petrushevskii (1828-1904),
physicien à l'université et président de la société
de physique de Petersbourg, qui prend aussitôt sa relève[3], eut la main heureuse. L'édition de ce
'trésor des savants russes réunis' ne se termine qu'en
1904 avec le volume 51 et une "Galerie de portraits des collaborateurs".
En 1901 - avec le volume 33, qui contient un article "Technologie"
de Mendeleev - l'éditeur Brokgaus-Efron apparaît
associé à la société par actions Izdatel'skoe
delo.
Ce n'est qu'en 1902 que Meyer, le concurrent plus libéral
de Brockhaus en Allemagne, s'associe à une entreprise russe
pour faire paraître la Bolshaia Entsiklopediia. La direction
rédactionnelle en est confiée au journaliste, historien
et philosophe S.N. Iuzhakov (1849-1910), qui avait été
rédacteur au Messager d'Odessa . Mais en 1879 il est
arrêté et envoyé en Sibérie comme sa soeur,
Elizaveta Nikolaevna (1851-1883), une des activistes de la narodichestvo[4].
Le premier volume paraît à Petersbourg, produit par la
compagnie Knigoizdatel'skoe T-bo "Prosveshchenie" (Nevskii
pr. 50). 19 volumes paraîtront jusqu'en 1914.[5]
Les deux encyclopédies à participation allemande furent
tirées à 25 000 exemplaires chacune. Rappelons, qu'en
Allemagne le tirage de Meyers 5ème avait dépassé
les 300 000.
En 1911 le marché semble permettre encore une entreprise du
même genre, la Russkaia entsiklopediia[6].
Onze des 20 volumes prévus à l'origine parurent jusqu'en
1916, année où l'édition est arrêtée.
En 1896 les frères Aleksandr Naumovich (1861-1933) et Ignati
Naumovich (1863-1941) Granat, éditeurs moscovites depuis 1891,
achetèrent les droits d'une encyclopédie relativement
petite, la Nastol'nyi entsiklopedicheskii slovar éditée
par A. Garbel avant 1891. La 5ème édition augmentée
parut entre 1896 et 1901 en huit volumes et la 6ème en 1903
en neuf volumes[7]. Des deux frères, Aleksandr, l'ingénieur se
révéla l'homme d'affaires comme son père qui
fournissait le capital pour l'entreprise de ses fils; Ignati s'imposa
comme le savant, juriste, économiste et sociologe, étudiant
et collègue de V.K. Rudnev, A.I. Chuprov, V.A. Kosinskii à
l'université de Moscou[8]. La
formule de l'encyclopédie changea complètement avec
la 7ème édition. Une grande encyclopédie des
frères Granat avec une couverture dessinée par Leonid
Pasternak, style âge d'argent parut à partir de 1910
sous la rédaction de Vladimir Ia. Zhel'znova, M.M. Kovalevski,
S.A. Muromtsev, K.A. Timiriazev. Elle continua jusqu'à la révolution
avec 33 volumes sous cette même rédaction et se termine
en 1928 avec le volume 58.[9]
Les projets relativement ambitieux d'avant la révolution comptent
également l'Encyclopédie judaïque, produite
par la maison Brokgaus-Efron de Petersbourg en 16 volumes à
partir de 1913[10]. Et Sytin édite
sous la rédaction de Iu.N. Vagner et suivant un modèle
anglais une grande encyclopédie pour enfants (14 volumes) en
1914. Y collaborent deux "révolutionnaires", N.A. Morosov et
M.V. Novorusskii.[11] De même fit-il paraître une petite
Narodnaia entsiklopediia nauchnykh i prikladnykh znanii (encyclopédie
populaire de connaissances scientifiques et pratiques).
Après la révolution, à partir de 1926 la Grande
Encyclopédie Soviétique BSE, sous la rédaction
de Otto Iulevich Shmidt entreprendra une "reconstruction socialiste
du savoir". La BSE fut d'abord produite par une Aktsionernoe obshchestvo
"sovetskaia entsiklopediia" à Moscou. Le volume 13 paraît
en 1929, le volume 54, le dernier, sortira en 1946 au Gos. nautchnyi
institut "Sov. Ents.". La rédaction comprend outre Shmidt
F.N.Petrov, P.M. Kerzhentsev, F.A. Rotshtein, P.S. Zaslavskii. Il
n'est pas sûr, que la thèse de Jeffrey Brooks sur la
séparation de l'espace publique et de l'espace privé
par l'imprimé soviétique[12] s'applique bien à cette entreprise remarquable. Une
petite encylopédie paraît pour la première fois
entre 1928 et 1931, sa deuxième édition s'étend
de 1933 à 1940 (vol.10).
[1]Entsikloped. Slovar russkikh
uchenykh i literatorov, SPb
[2]Voir S.V. Belov, Brat'ia Granat,
Moscou 1982
[3]Le frère de Fedor, Vassili
Fomich Petrushevskii (1829-1891) fut professeur à l'Ecole d'Artillerie
et en 1871 fonda une usine de soude à Petersbourg (voir S.
Averbukh, Vas.Fom. Petrushevskii, Moscou-Leningrad 1963)
[4]Elizaveta Iuzhakova avait vécu
à Zurich entre 1869 et 1871. Elle édita le journal "Nabat"
(le tocsin), fut membre de la "Société pour la Libération
du Peuple", retourna à Odessa en 1875, participa à la
guerre de 1877 comme infirmière dans l'armée serbe.
Voir S. Ivanovskaia P., "E.N. Iuzhakova i ee brata", katorga i
sylka 1926/1
[5]Bol'shaia entsiklopediia, slovar
obshchedostupnykh svedenii po vsem' otracliam' znaniia. S.-Peterburg
tipografiia knigoizdatel'skago T-va "prosveshchenie". Ed. Bibliographisches
Institut (Meier') Leipzig Vienne et Prosveshchenie SPb.
[6]Russkaia entsiklopediia,
russkoe knizhnoe tovarishchestvo "Deiatel' pod red. S.A.Andrianova,
E.D. Grimma, A.V. Klossovskago G.B. Khlopina. S. Petersbourg 1911,
20 volumes de prévus, le 11ème (et dernier?) parut en
1914 chez Aktsion. Obshch. "Myravei"
[7]Nastol'nyi entsiklopedicheskii
slovar Tva Br. A. i I Granat' i Ko, 6oe dopolnennoe izdanie 1903
[8]En 1908 il publia une thèse
de doctorat sur les paysans sans terre en Angleterre sous le pseudonyme
d'I. Grei (voir S.V. Belov, op.cit.)
[9]Comparer I.M. Kaufman, Russkie
entsiklopedii, Moscou 1960
[10]Evreiskaia entsiklopediia svod'
znanii o evristve i ego kultur' v proshlom' i nastoiashchem',
Obshchestva dlia nauchnykh' evreiskikh' izdanii i izdatel'stva Brokgaus'-Efron'
SPb 1913-? 16bde
[11]Detskaiia entsiklopediia
pod red. Iu.N. Vagnera et. al. tipografiia Tva I.D.Sytina Moskva 1914
14vol.
[12]Jeffrey Brooks, Public and
Private Values in the Soviet Press, 1921-1928, Slav. Rev.48,1989
p.17: "The Soviet media lacked the broad representativeness of
prerevolutionary popular culture. Unchecked by the need to sell what
they produced, Soviet publishers ignored popular taste and produced
materials unsuitable for the least-educated readers...they wished
to instruct rather than to entertain."
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